Dans le parcours d’un bilan de compétences, la seconde étape importante consiste à connaître certains aspects de sa personnalité, notamment ceux qui touchent à l’aspects comportement et relation. Dans cet article je vous propose de découvrir les mécanismes de comportement et de réaction, tels que les grands penseurs grecs nous l’ont transmis.

Tout ne relève pas de la thérapie psychologique

On connait bien la psychologie, la psychiatrie, la psychanalyse et certains sont assez renseignés sur des dizaines d’autres savoirs sur le mode du « psy-quelque-chose ». Mais qui sait que ces thérapies reposent sur une science plus vaste qui les englobe toutes et les dépassent de beaucoup, l’anthropologie ?

Ce mot barbare désigne l’étude (logie) de l’homme (anthropos). Cette science, pourtant peu répandue, considère l’être humain dans sa globalité, car l’Homme est un tout. Son corps, son intelligence, son âme, sa mémoire, sa volonté sont des parties de lui profondément unies. Si ces thérapies vont s’attacher à un problème particulier qu’il faut résoudre, l’anthropologie pour sa part définit un « caryotype » de l’être humain.

En effet, en nous se trouvent toujours et indéfectiblement liés, un niveau universel, que nous avons en commun avec toute l’espèce humaine et, comme naissant de là, notre particularité propre. Ce qui fait que nous sommes semblables aux autres et pourtant uniques. Le regard de l’anthropologie permet de donner les clefs de compréhension de la nature humaine que nous avons tous en nous à des états plus ou moins déployés.

Pour de multiples raisons (dont le problème psychologique n’est qu’une possibilité non systématique), nous avons développé plutôt telle partie de nous-même qu’une autre. Cela crée des déséquilibres, ou des tensions qui ne sont nullement des problèmes psychologiques, ou des blocages, mais simplement un manque d’harmonie dans l’épanouissement de notre être, de sorte que des pans entiers de nous-mêmes sont comme atrophiés ou encore embryonnaires, tandis que d’autres sont surdéveloppés.

Connaître ce « caryotype » de la personne humaine permet de passer notre être au rayon X afin de percevoir ces dysharmonies dans notre développement, pour rééquilibrer notre personne et ainsi permettre à l’intégralité de notre être de s’épanouir, sans laisser enfoui un embryon de nous desséché.

Aussi, ce que nous croyons être un problème psychologique est avant tout un déséquilibre dans l’épanouissement de notre être. Ainsi, s’agit-il bien souvent de faire faire « simplement » un peu de rééducation, ou de musculation à un membre resté trop longtemps inactif.  C’est ce caryotype que je vous propose de découvrir.

De qui suis-je à « pour quoi » suis-je ?

La grande question antique être ou devenir est une réalité que nous observons tous les jours, en grandissant, en vieillissant ou en améliorant nos performances. Quelque chose en nous demeure qui fait que nous sommes nous du début à la fin et en même temps tout change tout le temps en nous.

Deux approches s’opposent. L’une voit dans ce changement une lente dégradation et l’autre un progressif épanouissement. Les deux, à la vérité, vont de concert. Dès sa naissance, notre corps tout en se renforçant d’abord se dégrade vers la mort. Et pourtant notre âme ne cesse de grandir, de tendre vers un absolu souvent confus.

Car l’âme a ceci de particulier qu’à la différence du corps elle est dimensionnée pour l’infini. Il n’y a pas de limite à notre capacité à découvrir le vrai (objet de l’intelligence) ni à notre capacité à aimer (objet de la volonté). Nous pouvons toujours plus apprendre et nous ne sommes pas limités à un quota d’amour. Cette double capacité infinie n’est donc, par nature, jamais saturée ni rassasiée définitivement et reste tendue vers ce qui comblera toujours plus son intelligence et sa volonté.

Si le corps demande chaque jour sa dose d’attention c’est parce qu’il détruit pour survivre ce qu’il assimile. L’âme au contraire en assimilant connaissance et amour les intègre définitivement à son être même. Le corps est le support indispensable pour l’épanouissement de l’âme tendue vers l’absolu de l’être. Inverser ce rapport c’est condamner l’âme aux limites tyranniques des besoins du corps, si bons soient-ils.

Quand le corps parle à l’âme

L’âme pour vivre à besoin du corps et le corps à besoin de l’âme qui prend soin de lui. Les expressions comme « un corps sain dans un esprit saint », « qui veut faire l’ange fit la bête » ne sont qu’une manière de dire l’équilibre et le lien qui existent entre le corps et l’âme. Ce que les médecins appellent la somatisation, (les manifestations physiques d’un dérèglement de l’âme), se retrouve dans les expressions populaires « j’en ai plein de dos », « ça me reste sur l’estomac » Notre état de santé, notre condition physique influent sur notre équilibre anthropologique, nous rendant plus ou moins capable de nous épanouir.

Inversement, un état moral, psychologique, anthropologique dégradé (par nos vices par exemple) aura des répercussions physiques plus ou moins immédiates. Aussi, notre épanouissement passe-t-il également par une hygiène de vie incluant la qualité alimentaire, le soin (et non l’idolâtrie) du corps. Bien des dysfonctionnements de l’âme disparaissent quand le corps est assumé, c’est-à-dire ni délaissé, ni tyrannique. Réciproquement la santé de l’âme se répercute par une plus ou moins grande somatisation.

Du rôle des sens

Nous pensons à nos 5 sens pour le côté agréable qu’ils peuvent susciter en nous. Une bonne odeur de rose, un paysage de montagne nous procurent des « sensations » par le moyen précisément de nos sens. Mais, restant au premier effet du plaisir (ou du dégoût son revers), nous oublions que nos sens seuls ne sont que de simples capteurs.

Simples, mais indispensables. Imaginez-vous privés de vos 5 sens. Plus rien n’entrerait en vous, vous seriez coupés du monde. Tel est l’usage premier de nos sens : nous mettre en contact avec l’extérieur. Ils captent les milliers d’informations que nous allons archiver (consciemment ou non).

Que ce soit par l’expérience (le souvenir d’une odeur de thym, le goût indépassable de l’huile de foi de morue) ou par la formation intellectuelle (une lecture, une formation), tout ce qui entre en nous vient par nos sens. Ces derniers sont des capteurs actifs et passifs. Passifs car il faut quelque chose d’extérieur pour les activer. Actifs car ils sont pratiquement toujours prêts. Ainsi, ma vue pour voir a besoin d’être sollicitée par quelque chose à voir. Mes papilles pour goûter doivent être mises en éveil par l’acidité du citron sur ma langue.

Ce qui est important dans ce rapport au monde c’est que ce sont les choses extérieures à nous qui viennent stimuler notre capacité à entendre, à voir, à toucher… Nos sens ne font que capter l’information et la transmettre à l’âme (d’aucuns diront, de façon réductrice, le cerveau). Et c’est bien l’âme, par ses deux dimensions (intelligence et volonté), qui va décider que faire de l’information.

C’est-à-dire impulser une réaction qui sera toujours dépendante du souvenir associé dans la mémoire à l’information reçue. Ainsi, un bruit sera neutre pour l’un et chaleureux pour d’autres, parce que l’information brute transmise par les sens est automatiquement retravaillée par l’âme qui peut réagir rationnellement ou non. En sentant le parfum autrefois porté par son tortionnaire, une victime associera immédiatement au parfum l’émotion de sa captivité.

De fait, soit l’intelligence parvient à rationaliser l’information et donc à la dominer, soit elle n’y parvient pas et alors c’est l’information qui dominera l’âme. De là les passions comme la peur, la colère, mais aussi la joie, l’amour, chacune dans leur mode propre que nous aurons l’occasion de déployer.

Je ressens donc je suis ?

« – 8 ressenti -30 » Cette nouvelle manière d’indiquer les températures semble signaler une différence nette entre la température réelle et celle indiquée comme ressentie. Fruits de « calculs savants » cette distinction nous donnent une indication précieuse sur la nature humaine : « le senti ment », selon le slogan un peu rapide, mais révélateur.

Le ressenti est, par nature, non mesurable puisqu’il est relatif. Lorsque le médecin demande d’évaluer une douleur sur une échelle de 1 à 10 nous sommes souvent bien ennuyés pour répondre, car notre référent douleur, nous le sentons bien, est incommunicable. Mais précisément cela permet au médecin de s’approcher un peu, non de notre souffrance, mais de notre capacité à la supporter, en fonction non de la douleur, mais de l’action que lui s’apprête à mener.

Le ressenti correspond à une information donnée par nos sens, mais non traitée par la raison à qui il appartient de rationaliser, c’est-à-dire de donner prise sur le réel. Lorsque nous sommes dans le ressenti, nous partons d’éléments réels ou imaginaires mais nous restons dans une forme d’illusion. Ressentir -30 s’il fait -8 est une illusion. La réalité est que si la température de l’air est – 8, une exposition au vent vif fait baisser ici et maintenant la température.

Le ressenti correspond donc à une étape inachevée de notre processus d’appréhension du réel. Le ressenti c’est au fond laisser le dernier mot aux sens, ce qui a pour conséquence une véritable perte de liberté, puisque la liberté suppose la connaissance du réel.

Mettre des mots sur nos maux

Courageux ou audacieux ?

Est-il nécessaire d’être courageux pour avoir de l’audace ? Le courage est dans l’adversité une force qui permet d’affronter sa peur. Peur de la souffrance, du noir, de l’autre ou de l’effort tout simplement. Et c’est souvent là que se situe la confusion. Face à l’effort, en effet deux sentiments peuvent se mêler. Celui de la paresse, liée à la crainte de la peine engendrée par l’action à mener (et là il faut du courage) et celui du découragement face à l’ampleur de la tâche et là il faut de l’audace.

Lorsque nous désirons une chose, elle devient notre but. Ou le but est facile, voire immédiat, ou la route est longue et ardue avant de parvenir à nos fins. L’audace est cette capacité de l’âme qui permet d’aller de l’avant, de surmonter les obstacles (s’ils sont réalistes). Sans audace nous ne pourrions jamais aller au-delà de l’immédiat facile. Nous serions donc incapables de nous dépasser. Cette capacité fait partie intégrante de tout être humain, mais, comme n’importe quelle passion de l’âme, comme tout muscle, moins elle est pratiquée, plus elle est atrophiée.

Confondre courage et audace c’est laisser dormir l’audace et concentrer notre attention sur l’effort ou la crainte. Ce ne sont pas les mêmes ressorts. En effet, on peut n’avoir aucune peur de la pénibilité, mais être découragé par l’ampleur du travail. C’est une formidable espérance de savoir que nous avons en nous la capacité à nous dépasser et qu’il suffit « juste » de la muscler. Or comme dit Aristote, la vertu s’acquiert par répétition d’actes vertueux.

Envieux ou jaloux ?

Ce qui met l’être humain en mouvement c’est le tandem attrait/répulsion qu’à l’extrême nous pouvons réduire à amour/haine. Un élément extérieur à nous suscite désir ou rejet, sous de multiples formes, qui correspondent chacune au type d’attrait/rejet que cet élément exerce, par nos sens, sur notre capacité à aimer, première passion de l’âme.

Passion parce que passive à l’état ordinaire, mais réveillée par un événement extérieur qui agit comme un stimulus et produit une réaction de désir ou de répulsion. Lorsque nous désirons quelque chose, l’obtenir nous procure joie et plaisir, mais ne pas l’obtenir met en branle une batterie d’autres passions dormantes, comme la jalousie et l’envie, deux passions qui ne sont pas synonymes, mais qui trouvent leur source dans le refus d’admettre qu’on ne possède pas ce qu’on désir.

Nous restons attachés à cet objet et faute de l’avoir nous tournons autour. L’envie est l’attachement à l’objet lui-même et peut conduire à la tristesse ou au vol de cet objet, à la possessivité de la personne.

La jalousie, elle, se transporte sur celui qui possède ce qu’on ne peut avoir et peut conduire à vouloir du mal à cette personne, pas uniquement pour avoir son bien, mais pour l’atteindre elle, pour diverses raisons (vengeance, frustration, haine…). Ainsi, l’envie porte sur l’objet et la jalousie sur son propriétaire. Mais souvent les deux s’amalgament inconsciemment. Pourtant on ne traite pas l’envie comme la jalousie et les répercussions sur nous et les autres sont très différentes.

La peur, un feu clignotant sur notre tableau de bord personnel

Nous éprouvons de la peur, car l’être humain a en lui cette capacité. Ce n’est pas une tare mais une réaction face à ce que nos sens nous renvoient comme étant un danger. Aussi avoir peur n’est qu’un voyant qui s’éclaire pour attirer notre attention sur un risque. C’est alors à notre raison d’identifier le point d’alerte et de prendre une décision d’action proportionnée au danger.

Deux réactions possibles : la fuite ou la gestion du danger. La fuite peut être un acte choisi de prudence si elle est décidée par la raison. Si elle est débandade alors elle ne répond qu’à nos réflexes non contrôlés. La gestion du danger consiste à identifier le problème, sous la masse d’informations parfois parasites, l’isoler pour le rationaliser, c’est-à-dire être capable de maitriser notre réaction sans nous laisser dominer par l’inconnu qui nous met en danger.

La notion d’inconnu joue un grand rôle dans la peur, car il faut identifier pour dominer. Paniquer c’est lâcher nos sens de façon désordonnée. Il ne s’agit pas de « gérer la peur », puisque ce n’est qu’une alerte, mais les réactions qu’elle entraîne qui ne sont pas la peur, mais des actes non contrôlés. Une fois identifié et rationalisé le problème, il faut faire appel aux autres vertus qui justement permettent le contrôle des actes. L’audace, la force, la prudence…

La peur devient panique quand nous ne parvenons pas à activer ces vertus ou que nous ne les avons pas travaillés.

Résumons-nous. La peur est une alerte. La panique une non gestion de l’alerte et la phobie une non rationalisation ou non identification du problème qui demeure l’inconnu dangereux.

A la source de la tristesse

La tristesse peut s’exprimer de bien des manières, mais elle a toujours pour déclencheur un désir non accompli. Avant d’être un sentiment, c’est une passion de l’âme, c’est-à-dire une capacité que nous avons tous à être triste. Cette capacité est dormante tant que nous n’avons pas de raison d’être triste.

Comme passion elle est directement reliée à l’amour, au désir. Au fond la tristesse est une des réactions de notre âme face à un désir non comblé. Rappelons que le désir est le moteur de l’amour, il est cette tension de tout notre être vers quelque chose qui suscite notre attrait. Lorsque l’âme n’a pas ce qu’elle désire, tout un ensemble de mécanismes se met en place.

Soit nous passons à autre chose, soit nous partons à la conquête de notre désir et nous finissons par en jouir, soit ce désir est inaccessible, mais nous ne parvenons pas à passer à autre chose.

Ici plusieurs réactions sont possibles : je me révolte parce que je trouve cela injuste et je tombe dans la colère ; je suis pris de haine ou de jalousie ; ou je ne peux rien faire et je suis gagné par la tristesse. C’est une manière de tourner autour sans lâcher prise. Ainsi Victor Hugo chérissait ses larmes qui maintenaient en vie sa fille.

La perte d’un bien ou d’un être cher cause la tristesse en ce sens qu’elle est la privation d’un amour dont on ne se résout pas à la perte. Ainsi, faire son deuil n’est pas oublier, mais peu à peu ne pas se laisser dominer par cette passion qui si elle n’est pas régulée devient tyrannique et conduit à sa phase extrême, le désespoir.

Voici donc quelques-uns des aspects et des clefs de lectures de nos réactions comportementales.

C’est un point essentiel dans le bilan de compétences.

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Cyril Brun

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